Apprendre à avancer après la perte de ma compagne
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Damien Ollivier
Bonjour à tous, Je m’appelle Damien, j’ai 37 ans. J’ai perdu ma compagne, Alix, au début du mois de juillet, après un cancer. Nous avons une petite fille de 4 ans. Depuis son départ, j’ai parfois l’impression de vivre dans deux mondes différents. Il y a celui où je dois continuer : me lever le matin, m’occuper de ma fille, gérer toutes les démarches liées au décès, la succession, les assurances, les organismes, les papiers qui semblent ne jamais finir… Dans celui-là, je tiens. Je fais ce qu’il faut faire. Et puis il y a l’autre. Celui qui apparaît quand tout devient calme. Quand ma fille dort, quand je me retrouve seul et qu’il n’y a plus rien à régler. Là, je réalise vraiment qu’Alix n’est plus là. Ce qui est étrange, c’est que la vie autour de moi continue exactement comme avant. Les gens travaillent, sortent, rient, font des projets… alors que pour moi quelque chose s’est arrêté cette nuit-là. J’avance beaucoup pour ma fille. Elle me donne une raison de me lever, de continuer à construire quelque chose et de lui offrir une vie heureuse. Mais je ne veux pas non plus passer le reste de ma vie à simplement « tenir ». J’aimerais retrouver un jour l’envie de vivre pour moi aussi. Pouvoir rire sans me demander si j’en ai le droit, sortir, rencontrer des gens, avoir de nouveaux projets… sans avoir l’impression que cela signifie laisser Alix derrière moi. C’est probablement l’une des choses les plus difficiles pour moi aujourd’hui : comprendre comment continuer sa vie quand on aurait voulu continuer celle qu’on avait. Il y a aussi cette peur de l’avenir. Aujourd’hui, je suis encore énormément pris par toutes les démarches qui ont suivi son décès. Mais je sais qu’un jour elles seront terminées. Et je me demande parfois ce qu’il restera quand tout ce bruit autour de moi se sera arrêté. Je viens donc ici sans vraiment savoir ce que je cherche, si ce n’est parler avec des personnes qui savent ce que signifie perdre la personne avec laquelle on imaginait son avenir. Peut-être aussi comprendre comment vous avez vécu les premiers mois, puis les suivants. Est-ce qu’un jour on arrête d’avoir cette sensation étrange d’avancer tout en ayant une partie de soi qui est restée derrière ? Je ne cherche pas forcément des réponses toutes faites. Juste des échanges avec des personnes qui peuvent comprendre. Damien
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cyr73
Bonjour Damien A quelques détails prés j'aurais pu écrire la même chose. Cyril, mon mari est parti le 25 août, des suites d'un lymphome. même si je connaissais la fin de l'histoire et que j'avais intégré le fait qu'il allait partir, mon coeur n'était bien évidemment prêt. on a beau "s'y préparer" intellectuellement, rien y fait, on est dévasté. et comme toi, malgré tout, la vie continue, nous devons faire face au quotidien, inexorablement. j'ai 3 enfants, et ma fille de 16 ans est encore à la maison. c'est pour elle que je continue à faire les courses. elle vient de rentrer en terminale, et c'est compliqué pour elle aussi. mais elle a l'avantage de la jeunesse, à savoir les préoccupations d'ado, et tant mieux finalement, car la maladie au quotidien l'a obligée à grandir plus vite.... mes amis ne me lâchent pas, et ils m'ont poussée à m'inscrire dans une asso de randonnée. ça me fait du bien de faire une activité sportive. Mais, même s'ils sont formidables, j'ai besoin de ces moments de solitude pour pleurer, lui parler, enfin à son urne que j'ai installée dans son atelier, ou il aimait tant sculpter. j'ai besoin d'y aller plusieurs fois par jour. et comme toi, les moments ou il m'arrive de rire, sont immédiatement suivis d'un immense sentiment de culpabilité..... comment puis je prendre du bon temps alors qu'il n'est plus là ?? nous bossions ensemble, ce qui fait que les 14 dernières années de ma vie, je les ai passées 24/24 avec lui. pas d'activité sans lui, pas de we sans lui, pas de sortie sans lui. je ne voulais rien faire sans lui. d'ou mon immense solitude et une peine indicible. nous devions repartir aux USA en 2027. suite à une courte rémission, nous nous étions mis à continuer nos projets. je vais donc repartir, sans lui, mais avec mes enfants, faire un road trip " hommage" et en allant disperser un peu de lui à un endroit qu'il avait aimé...... je lui ai promis de le faire un jour ou nous avions rapidement évoqué l'après ( ce fut la seule fois, on évitait le sujet). je vois également une psy...... je ne sais pas encore si ça me fait du bien, mais je lui parle de ma culpabilité. " j'aurais du lui dire ça, j'aurais du faire ça, pourquoi l'ai je emmerdé avec ça....." comme toi, je suis submergée par l'administratif, odieux dans ces cas là. donc, je n'ai aucune solution à t'apporter, ni aucun conseil, car, comme toi, je suis novice en matière de deuil conjugal. mais peut être une écoute, un partage, un soutien. nancy
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Flo
Bonsoir, mon histoire est un peu différente de la vôtre mais la souffrance est, j’imagine ,la même. Mon mari a mis fin à ses jours le 13 août dernier, à 40 ans. Me laissant avec 3 filles de 15 et 9 ans. La cruauté des obligations administratives est terrible et, en plus, cette nécessité de ne pas s’effondrer ne serait-ce que pour nos enfants. Pour ma part, je suis dans une phase du deuil extrêmement compliquée entre la volonté de rester forte et l’épuisement de la vie quotidienne. Je vous souhaite à tous bon courage, en espérant que nous puissions tous retrouver une certaine sérénité ou plus rapidement possible
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Damien Ollivier
Bonsoir Flo, Merci pour votre message. Même si nos histoires sont différentes, je me retrouve beaucoup dans vos mots. Cette impression de devoir continuer à avancer alors qu’on est complètement épuisé, toutes ces démarches administratives qui s’enchaînent alors qu’on aurait simplement besoin de temps pour encaisser… De mon côté, j’ai perdu ma compagne Alix début juillet et je me retrouve avec notre petite fille de 4 ans. Comme vous, je crois que le fait d’être parent nous oblige à rester debout, même les jours où l’on n’en a absolument pas la force. Je vous souhaite beaucoup de courage à vous aussi, ainsi qu’à vos filles. J’espère qu’avec le temps, sans jamais oublier ceux que nous avons aimés, nous réussirons à retrouver un peu de sérénité et simplement à vivre de nouveau, petit à petit.
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Flo
Bonjour Damien, Merci pour votre réponse. Même si ce sont des circonstances terribles, c’est agréable de pouvoir échanger avec des personnes qui comprennent le ressenti du moment. Je suppose que si nous sommes sur ce forum, c’est à cause de cette solitude du deuil qui nous pousse à ce besoin de discuter lorsqu’elle est trop présente. Comme le dit Nancy plus haut, il faut continuer à avoir des activités pour soi et de nouveaux projets. Ce n’est pas abandonner nos défunts, c’est plutôt leur rendre un bel hommage que de pouvoir vivre, sourire, s’amuser et prendre soin de soi. Bien évidement dans nos cas à tous les 3, il est encore trop tôt pour trouver la sérénité et le deuil peut être plus ou moins long. Mais pour avoir perdu plusieurs personnes, plus ou moins proches, je sais qu’un jour nous pensons à eux avec tendresse et moins de douleur. Il faut laisser faire le temps et ne pas s’isoler. Voir des amis, de la famille, essayer tant que possible de déléguer les tâches un peu lourdes. Peut-être parfois faire garder votre fille quelques heures pour une activité qui vous fait du bien à vous et à vous seul. Pour ma part, je vais aussi rencontrer un psy pour m’accompagner dans ce processus. C’est une démarche difficile mais nécessaire j’imagine. Et vous êtes encore jeune, l’avenir vous réservera de beaux moments. Il faudra les vivre pleinement, nous sommes bien placés pour savoir que tout s’arrête un jour alors profitons autant que possible, de la meilleure façon. Encore une fois bon courage
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Damien Ollivier
Merci beaucoup pour votre message. Je me retrouve beaucoup dans ce que vous dites, notamment sur cette solitude du deuil. Même entouré de ma famille et de mes proches, il y a des moments où l’absence prend toute la place. J’essaie malgré tout de continuer à avancer, de voir du monde, de faire des choses avec ma fille et aussi, petit à petit, de retrouver quelques moments pour moi. Certains jours sont forcément plus difficiles que d’autres. Vous parlez également d’aller voir un psychologue. De mon côté, j’ai encore beaucoup de mal à franchir ce pas. Je sais que cela pourrait probablement m’aider, mais pour le moment, je n’arrive pas encore vraiment à me décider à faire cette démarche. J’espère qu’avec le temps, les souvenirs prendront progressivement un peu plus de place que la douleur. Pour l’instant, j’essaie simplement d’avancer jour après jour. Merci encore pour vos mots, et bon courage à vous également.
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Flo
Je comprends. Accepter de voir un thérapeute c’est reconnaître que nous n’allons pas bien. J’ai attendu le plus longtemps possible pour prendre un rdv. J’ai commencé par prendre rdv pour mes enfants, car ça me semblait évident. J’ai essayé tant bien que mal de me dire que je pourrais traverser cette épreuve sans aide extérieure mais je suis consciente que ça pourra m’aider à faire le deuil sans doute plus rapidement et avec bienveillance. J’ai déjà rencontré plusieurs spécialistes (assistante sociale par exemple qui m’ont été d’une grande aide pour l’accompagnement administratif mais aussi en tant que soutien psychologique). Je me tourne maintenant vers un réel thérapeute. Pour ma part il s’agit d’une mort violente alors le suivi semble évident, mais accompagner une personne malade, c’est aussi extrêmement difficile. Et vous avez une petite puce qui a besoin d’un papa heureux, et a juste 4ans elle vous prend beaucoup d’énergie aussi, en plus du reste. Voir un professionnel vous permettra de « décharger » un peu du poids qui pèse sur vos épaules. Et après tout peut-être qu’après 1 ou 2 rdv vous n’aurez plus besoin de suivi.